NED

Florida, nous voila!

Mercredi 12 septembre 2007 · Un commentaire

Nous avons quitte la Louisiane sous un gros orage. Nous y aurons passé une belle soiree, une de plus en Amerique avec les Ghost Mice. Le concert avait lieu dans un art space situe au bord d’une ligne de chemin de fer chargee de convois industriels en transit. Il se nommait the green project, et un jardin bio poussait dans l’arriere cour. On etait lundi mais c’etait le concert le plus garni de la tournée avec celui de New York. L’audience etait aussi un peu plus agée et variee que lors de precedentes dates et aussi beaucoup moins frigide. Des les premieres notes les gens se sont mis a danser, ce qui libera une chaleur enorme dans la salle pourtant ventilée. Je crois qu’on n’a jamais autant sue que ce soir-la, avec le taux d’humidite ambiant, on ne regrette pas une minute de ne pas avoir emmenes nos combinaisons de scene.

Apres nous a joué Pumpkin, un groupe local mi punk-rock, mi comedia dell’arte, qui alternait les morceaux, les videos debiles et les farces. J’ai toujours pas compris, quand je me revois en nage, en perpetuelle quete d’eau pour me rafraichir le corps, comment un des membre de ce groupe pouvait arborer et supporter une tenue integrale de lion en peluche… Ghost Mice ont eux fait le choix judicieux de jouer a l’exterieur, entre le camion et la voie ferree devant une centaine de personnes. On a eu le plus gros cachet de la tournee, 400 dollars pour le “plateau”, alors que d’ordinaire on tourne plus autour des 100 dollars. On a ensuite fait les touristes dans le french quarter, pu boire des bieres dehors et faire pipi dans le Mississipi en contemplant l’Ouest a l’horizon, ce far west que nous n’aurons pas l’occasion de traverser lors de cette tournee.

New Orleans a la reputation d’êre une ville dangereuse, malfamee et extremement vivante. Or depuis l’ouragan, la vie nocturne s’est quelque peu calmee. On aura certes vu le quartier rouge, ses prostituees, ses alcoolos, ses rabatteurs et ses groupes de rock qui jouent dans les pubs de Bourbon street devant trois pelos qui se foutent completement de ce qui se passe sur scene et qui preferent regarder les culs qui defilent dans la rue; mais on etait lundi, et tout etait relativement calme. En voyant tout ca, on se dit qu’on est bien dans le reseau dans lequel on tourne ici! Mais le plus impressionnant, a mon sens, c’etait de voir a quel point l’ouragan a laisse des plaies qui ne sont pas prete d’etre cicatrisee, et ce, deux ans apres son passage. Chaque maison devastee, dans laquelle des gens ont peris, porte une croix peinte sur la porte avec le nombre de personnes decedees a l’interieur, un peu a la maniere des maisons de pestiferes. Et il y en a beaucoup. Ensuite, des tas de gravas sont eparpilles dans toute la ville, la moitie des maisons portent des traces de destruction, et rares sont celles, en peripherie, qui ont ete entierement reconstruite. A l’inverse, on peut voir des McDonald’s et des supermarches flambant neufs au milieu de quartiers ravages. Nous partons donc de ce charmant endroit pour flirtter avec le soleil de Floride. Sommes-nous pret ? On n’a toujours pas nos six packs, à part celui qui traine dans le camion, et notre bronzage est plus camionneur qu’integral.

On est parti de Louisiane sous un orage tropical et sitot la Floride en ligne de mire, le soleil, comme par enchantement est reapparu. Direction la plage de Pensacola, sable blanc a perte de vue, eau a 25 degres, personne sur la plage, les cocotiers, la caricature. On a pu passer deux bonnes heures dans l’ocean vu que ce soir le concert commence tard. Arrivée ensuite au Sluggo’s, notre premier club a l’europeenne. Le gerant est un ami des Ghost Mice, il ressemble a James Coburn avec une belle moustache de cowboy et c’est le promoteur le plus hospitalier que l’on ait rencontre jusque-la. Repas gratos, bieres a volonte, on n’est plus habitue a ce qui est juste normal en Europe. Enfin, ca  fait tres plaisir. En plus il y a un baby foot dans l’arriere salle…

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Sweet Home Alabama

Mardi 11 septembre 2007 · 2 commentaires

Hier, apres le concert de Louisville, on s’est ballade un peu en ville puis apres avoir admire la batte geante de 30 metres de haut qui fait la fierte de la ville, et descendu notre flasque de bourbon local, on a echoue dans un hypermarche ouvert 24/24. Et la, ce fut le choc. Je n’avais jamais ressenti cette sensation etrange et confuse de desorientation. C’etait tellement grand et tellement vide, que je deambulais dans les rayons hagard, sans savoir ou regarder, sans savoir quoi acheter. Les seuls humains qui peuplaient cet endroit etaient les employes qui garnissait les rayons deja debordant de marchandises et quelques rares clients perdus comme nous dans la nuit. Je suis ressorti avec une bouteille de lait d’amande apres etre passe pour un homme de neanderthal aux caisses automatiques. Je ne m’etais jamais servi de ces engins ou l’on endosse le double role prestigieux de consommateur et caissier. Une experience fabuleuse. Je suis ressorti la tete eprise de vertiges sans trop savoir quoi en penser.

 

Nous voici a present en Alabama ou apres avoir traverses dimmenses champs de coton, nous debarquons a la cave 9. C’est un petit club DIY all ages de Birmingham ou d’apres les nombreux graffitis qui ornent les murs adjacents a la scene, beaucoup de groupes sont passes. D’apres ce que j’ai compris, ca fait 4-5 ans que le lieu existe, et bien qu’il ait ete classe comme non-profit par le gouvernement federal, les autorites locales ont estimees qu’il devait payer des taxes commerciales, qui s’elevent a 6000 dollars, soit une sacree somme pour un lieu autogere par des kids. Une campagne de don a ete lancee pour sauver la cave 9, installee dans un entrepot en briques a la peripherie de la ville. Ce qui differe aussi beaucoup de chez nous, c’est l’absence de bar. Ok, j’ai compris, c’est all ages donc pas d’alcool, mais il n’y a meme pas de sodas, ni de jus en vente. Et puis la, il est 19h40, Eric a deja commence son concert. d’ici un quart d’heure on sera sur scene et a 22h tout sera plie. Je pensais pas que les soirees finissaient si tot outre-atlantique.

 

Erratum : les concerts le dimanche soir finissent peut etre tot mais certainement pas les soirees. On s’est retrouves dans une maison de kids dans la banlieue eloignee de Birmingham, dont la specificite est d’ailleurs d’etre la ville des US dotee de la plus grande superficie. C’etait vraiment la caricature du white trash way of life. Des l’entree, une montagne de canettes vides faisait office de decharge sur la moquette, elle meme souillee de merde de chien et de chat. Un christ congele etait la seule victuaille du frigo. Un canape, une television, une console de jeu (cool la partie de Rampage), voila pour le living room qui sera toute la nuit durant le theatre de toute une bande de jeunes. Il y avait une petite piece dans laquelle ont dormis les Ghost Mice dont la moquette avait ete detruite par le chien de la maison, un batard a demi pitbull tres gentil qui repondait au doux nom de Bruiser, et qui etait jonchee de capotes et de merde de chat.

 

Avec Fab, on a senti le traquenard, et n’ayant pas de matelas de camping, on s’est dit qu’une nuit de camion ne serait pas de trop. On est parti se coucher pourtant assz tard, apres avoir socialise avec nos hotes, laissant aux nico’s la moquette et le canape. Une nuit agreable pour ma part, terminee par un magnifique lever de soleil rose et l’arrivee precoce de toute notre troupe, visiblement mal reveillee. Je passerais les details car ils ne m’on ete que rapportes, mais la maison s’est transformee en saloon puis en baisodrome apres notre depart pour le van, le tout sans consideration, discretion ou gene vis a vis des gens qui avaient ete invites ici pour dormir, en l’occurence nous memes. Chris nous avait toutefois prevenus quand au logement : “ce soir, le promoteur ne pourra pas nous acceuillir, on dormira surement chez des kids, on verra bien!”.

 

Sinon, pour en revenir au concert, c’etait etonnant de constater a quel point le public est sage. Le plus genant, pour ma part, c’est qu’il est impossible de fixer des yeux des gens du public. Souvent avec NED on regarde les gens lorsque l’on joue et la, on a tous fait ce meme constat : des que l’on braque une personne du regard, celle ci detourne immediatement le regard, c’est dingue. Du coup, quand on observe le public, on a l’impression que personne ne vous regarde vraiment, meme si les gens ont tous la tete tournees dans notre direction et sont attentifs a notre musique. Ca enleve un certaine connivence, c’est dommage. Et dire que sitot le concert termine, il se ruent vers le merchandising et viennent nous feliciter chaudement…

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Some drawings

Mardi 11 septembre 2007 · Laisser un commentaire

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The good old boys

Dimanche 9 septembre 2007 · Un commentaire

love.jpglove.jpgUne boule à facettes, un baby foot, des filles qui dansent, c’est la recette pour un bon concert de Ned. Décidemment les house shows nous réussissent bien, il faut dire que l’ambiance à Colombus est suffisamment festive et hospitalière pour que l’on se sente à l’aise. Ces concerts dans les maisons sont vraiment de bons prétextes pour rencontrer les gens. C’est assez dingue comme le public est respectueux de l’endroit. Vous imaginez, vous, prêter votre beau salon pour une fête dans laquelle 50 punks vont débarquer? Ici, tout le monde pose sa bière dans le frigo. personne ne la pille, si tu prends une assiette, tu la laves, il n’y a aucune canette qui traine par terre, pas de vol, pas de baston… On est loin de la France. Encore un show dans l’Indiana, à Bloomington, dans la ville des Ghost Mice, et ensuite on commence notre descente dans le Sud. Bloomington a la réputation d’être une oasis dans un désert conservateur. L’Indiana, qui porte mal son nom puisque aucune des tribu indienne y vivant n’a survecu a a colonisation, est aussi connu pour abriter les leaders du KKK. Tout ça, ce soir, nous ne le verrons fort heureusement pas. Nous allons juer au Rhino’s, notre premier vrai club à l’americaine. C’est un club all ages, ce qui signifie qu’une fois de plus on ne pourra pas boire avant et pendant le concert. Par contre, il y a un distributeur de Red Bull dans la salle. Et c’est incroyable, au lieu d’avoir des verres de bière à la main, ils ont tous un cornet de glace. En dehors de ces considérations, première surprise, une belle affiche sérigraphiée annonce le concert en ville. Ensuite, notre nom est écrit en lettres amovibles à l’entrée du club, comme dans les films! Et la salle est assez grande, suréquipée, et même dotée de l’air conditionné. En temps ordinaire je n’aime pas la clim’ mais avec l’air moite de ces régions du midwest, c’est un luxe très appréciable. Il ne nous reste plus qu’à rocker comme il se doit pour honorer notre présence en ces lieux.

Le concert est terminé, c’était pas trop mal, je préfère les ambiances plus intimes mais nico avec son short de tennisman a assuré le show à lui tout seul avec ses pas de danse à la yannick noah. Nikko a fait quelques pompes sur scène en expliquant qu’on se préparait pour la Floride. Comme on en parlait avec Nico tout à l’heure, on n’est pas exactement dans la scène qui correspond le plus à notre musique, ce qui fait que soit les gens accrochent ou sont surpris, soit se cassent. Mais c’est toujours amusant de confronter notre son “weirdo” a des kids aimant la folk. On a d’ailleurs battu notre record de vente de disques à Bloomington.

love.jpgQuand à Ghost Mice, c’était rigolo de les voir jouer dans leur ville d’origine. Les parents d’Hannah étaient présents, et les deux petites souris semblaient un peu stressées par rapport à d’autres concerts. Un corde cassée, un refrain oublié, c’est pas coutumier mais c’est bien fun. Il faut que je publie les paroles d’une de leur chanson, qui explique très bien ce qu’on vit ici et pourquoi on le fait. Enfin, disons que pour moi ces paroles me touchent tout particulièrement.

Boy meets girl

She ask me if i like to sing i said of course i like to sing
anyone who doesn’t like to sing must be dead if you ask me
she ask if i like being on the road, i said i love being on the road
yes i miss my friends at home but i love being on the road

so many songs i have to sing, so many places not to see

she ask me if i had a job i said no way i’ve no job
why would anyone want a job, life’s too short to have a job
she ask me if i had a dream i said of course i’ve got my dreams
then anyone without a dream must be dead if you ask me

so many songs left to sing, so many dreams left to dream

today is too nice to spend it any other way then riding on our bikes
today is too great, the weather outside is perfect
i insist that we stay up real late
today is too wonderful to worry about anything on our list of things to do
today is perfect

she ask me if i’ve been in love i said of course i’ve been in love
she ask me who i was speaking of, i said her nae will not be sung
she ask me if i want to die, i said of course i do sometimes
anyone who doesn’t want to die must not really be alive

En route vers le Sud, l’Amérique profonde nous tend les bras et la première impression vue du camion c’est que c’est plutôt hostile. Premier arrêt au milieu de nulle part, de la brousse aurais-je plutot envie de dire, pour se ravitailler en essence, et premiers rednecks… Vas y que ca nous vanne à haute voix et que ça nous traite de drogués. Chris nous invite à faire semblant de fumer un gros spliff composé d’une simple feuille de papier devant eux, puis on se casse en klaxonnant. Les kilomètres qui suivront seront riches en images : éoliennes, pickups abandonnés, fermes en ruine, champs de mais, roulottes d’amish, vive le midwest.

Après les parents d’Hannah nous auront droit à la présentation des parents de Chris, chez qui nous dormiront d’ailleurs ce soir après le concert de Louisville, Kentucky, dans leur maison perdue dans l’Indiana. Après avoir joué au horseshoe game et mangé du mais préparé par sa mère, nous sommes allés à l’Atomic Saucer, le café (café, c’est différent de bar, je précise…) où nous jouons. Un groupe de country rock joue en vitrine, oulala, c’est l’Amérique. Le café fait aussi gallerie d’art underground, et à part un vieux biker hippy, la moyenne d’age frise à peine les vingt ans.

Notre concert s’est bien passé, pas trop violent, bien joué et les kids ont bien aimés, meme si c’était très timide. Les Ghost Mice ont ensuite fait leur set le plus long de la tournée avec de vieilles chansons à eux, c’était bien sympa. Et puis, petit bonus du Kentucky, une bouteille de bourbon local est cachée dans un sac en papier dans le camion. On peut désormais multiplier les aller-retours suspects entre la salle et le van pour boire en douce de l’alcool !

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On se calme et on boit frais à Columbus

Jeudi 6 septembre 2007 · 2 commentaires

Mardi, on a joué dans le premier club de la tournée. Le concert avait été booké à la dernière minute, ce qui fait que pour la première fois depuis le debut du tour, on a joué devant quasi personne. Une dizaine d’entrée au maximum. C’etait étrange ce lieu. C’était un café, qui ne servait donc pas d’alcool, avec une vraie scène et une vraie sono dans une arriere salle peinte en noire. La soirée s’est terminée à 23 heures, sans que l’on n’ait pu boire une seule goutte. On s’est acheté des bieres à la pizzeria d’en face, mais on ne pouvait les boire ni dehors, ni dans le van, ni même dans le club… Il a fallu attendre que l’on soit chez Mark, notre hote d’un soir, pour ouvrir les bouteilles. Mercredi, à Pittsburgh, je crains que ce ne soit la même affaire, l’endroit où l’on doit jouer doit fermer à 22h… La maison dans laquelle on a dormi etait remplie de jouets, chaque piece debordait de gadgets en plastique, de peluches, c’etait toyland, je n’avais jamais vu une telle abondance. La mère de Mark (c’etait sa maison) avait conserve tous les jouets de ses fils, devenus adultes ainsi que ceux de ses petits enfants. Il y avait aussi une piscine, dans laquelle nous avons tous plonges ce matin au reveil. L’eau était à 25 degres. 

Nous avons essayé de retrouver plein de chansons francaises qui font l’apologie de l’Amerique afin de les faire decouvrir a nos amis americains. Aujourd’hui, alors que nous sommes encore en Pennsylvanie, un etat proche de l’Ohio, c’est le bon moment pour la publier:

Nougayork (Claude Nougaro)
Sur la route de Memphis (Eddy Mitchell)
San Francisco (Maxime LeForestier)
L’Amerique (Joe Dassin)
L’ete indien (Joe Dassin)
Si les ricains n’etaient pas la (Michel Sardou)Etat proche de l’Ohio (Isabelle Adjani)
Les etats d’ames d’Eric (Luna Parker)
I love America (Patrick Juvet)
Pour faire un show comme aux USA (Ottawan)
Un jour j’irais a New York avec toi (Telephone)
J’ai vu New York (Serge Gainsbourg)
Rio Grande (Eddy Mitchell)
For me Formidable (Charles Aznavour)

Si vous en connaissez d’autres, n’hesitez pas a nous laisser un comment, tout en sachant que pour des raisons qui n’engagent que nous, Johnny Hallyday et Jean Jacques Goldman sont censures.

Il fait une chaleur à crever. Depuis plus d’une semaine qu’on est ici, il n’y pas eu un nuage dans le ciel. La température monte, le bord des routes est de plus en plus garni d’éclats de pneus, j’espère que notre van va tenir bon. On est en route pour l’Ohio. Hier à Pittsburgh on a enfin passé une vraie soirée de tournée. Concert tôt dans la soirée dans un joli espace autogéré, puis petite razzia dans un bar qui passait des standards du punk rock et enfin virée nocturne sur les bords de l’Allegheny river, jusqu’à la jonction des deux rivières qui forment l’Ohio. Hier je n’avais jamais vu une lune pareille. Le croissant était rouge sang, elle montait dans les cieux entres les ponts métalliques et les grattes ciel, c’était fantastique.

Nikko m’a fait part de ses réflexions quand à ce present tour report. N’ayant aucun recul sur ce que j’écris, je ne me rend helas pas bien compte de son contenu. Il m’a dit : “faut arrêter de se plaindre un petit peu, on joue à l’autre bout du monde, on a une sacrèe chance”. Oui, c’est vrai, on a de la chance. On a de la chance qu’un  groupe comme Ghost Mice nous ait invité partager la route et la scène trois semaines avec eux, on a de la chance de tomber dans ces endroits improbables où se font les concerts ici, on a de la chance de voir la face cachée de l’Amerique. Mais n’empêche, ce n’est pas ce à quoi je suis habitué et une foule de détails me gêne, ou plutôt, me surprend. Je suis venu ici avec cette intention de jouer au scribe en voyage au coeur de l’Empire et personne ne peut me crever ces yeux qui contemplent étrangement cette Babylone des temps modernes.

Hier encore, j’hallucinais sur la vitesse à laquelle les choses s’embrayent ici. Il n’y a jamais de balances. Le premier groupe installé joue. Sitôt le concert terminé, tu dois dégager de la scène, voire tout ranger dans le camion. Les concerts commencent généralement très tôt, on ne peut, dans la moitié des cas, pas boire une goutte d’alcool avant le concert, c’est pas qu’on soit des alcoolos, mais une petite mousse avant la scène, ca chauffe un peu les neurones et ca décontracte un peu les doigts. Hier, on jouait dans un chouette lieu, le Roboto Project, tenu par des kids pour des kids dans un esprit très DIY, pour preuve ce fond de scène qui proclamait en grosses lettres : “Now, let’s start your own band!” Mais comme me le faisait remarquer Fabien, le staight edge n’a pas été invente en France, et l’usage d’alcool était prohibé à l’interieur. Et il n’y avait même pas un robinet en état de marche dans la salle, et il faisait une chaleur étouffante… On n’est pas encore des americains, à se trimballer avec chacun notre petite fiole d’eau à la ceinture pour pouvoir se désalterer où l’on veut.

Autre pont de lamentation, j’en ai marre de jouer entre 25 et 30 minutes par soir. Hier encore, on a du finir notre set alors qu’on était pleinement rentrés dans notre concert. 6 morceaux et c’est marre. J’aurais voulu jouer le double. Du coup, il va falloir s’habituer à être efficace dès le premier accord et passer dix minutes à dire au micro que nous sommes francais et que nous avons toute une table de merchandising! Pour ca, heureusement, les Ghost Mice s’en chargent à notre place. Entre Chris et Hannah, Eric du Gadabout Film Fest et Mat, le veggie trucker qui devait conduire le camion à huile (il nous a appris entretemps qu’il avait peint expres le van en vert fluo pour nous…) on est vraiment bien encadrés. Ils se comportent vraiment en hôtes et souhaitent nous mettre à chaque fois dans les meilleures conditions, c’est très touchant. A tel point même que je me demande comment on ferait ici sans eux. Je m’imagine pas encore booker une tournée par nous même dans ce pays, c’est tellement différent. Sans nos guides, je pense que nous serions totalement perdus. Ici tu es totalement livré à toi même. Lors de la plupart des shows, les promoteurs ne se présentent pas à nous, on n’a pas à dealer les problèmes d’argent, de nourriture et de logement. Enfin, pour la nourriture, si, un petit peu, car c’est tellement rare qu’on nous prépare à bouffer. Mais nos amis americains nous emmènent dans les meilleurs endroits, ce qui fait que curieusement, je n’ai pas l’impression qu’on mange si mal aux USA!!! Hier encore, ils nous ont emmené manger dans un supermarché végétarien, perdu en pleine milieu d’usines désaffectées, on pouvait y composer nous mêmes nos salades, c’était bien cool. Bon, on n’avait qu’un quart d’heure pour manger, et ici, la notion de repas n’est pas aussi sacrée qu’en France ou en Italie… Je pense à ce sujet avoir trouvé un titre pour une de nos future chanson : “fast food, fast music”

Enfin, un autre truc qui m’hallucine ici, c’est la peur du contact physique. Les raisons peuvent être nombreuses, violence aux concert dans les 80’s, crise de pacifisme aigue suite aux deux guerres du golfe… mais dès que quelqu’un vous bouscule un temps soit peu par inadvertance, la personne se confond en mille excuses. Du coup, c’est peut être pour ca que le coup que Nikko fait lorsque les gens n’osent pas s’approcher de nous n’a pas fonctionné hier. En temps ordinaire, il se  lève de sa batterie, passe derrière le public et le pousse gentiment pour qu’il se rapproche de nous. Hier, il est tombé face a des piliers. Impossible de les faire avancer. Ghost Mice, eux, avec des mots doux, les ont priés de s’approcher pour leur concert, et gentiment, le public a obei. C’etait un peu flippant.

Ce soir à Colombus, on va renouer avec les house shows, je crois que c’est ce que je préfère, c’est plus facile de rencontrer des gens et de discuter. Il n’y a pas d’heure de fermeture, c’est la fête et tu joues dans une maison. On a déjà rencontré les promoteurs, ce sont des amis aux Ghost Mice qui jouent dans un groupe qui repond au nom de Delay, le bassiste m’a d’ailleurs prêté son ampli pour la tournée. On vient de voir la cave où l’on va jouer, il y a une boule à facettes, c’est toujours bon signe…

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Back to New York, end to Providence

Mercredi 5 septembre 2007 · Laisser un commentaire

Vendredi, a New York, on a presque joué a la maison, on connaissait toutes les têtes du premier rang pour notre concert, du coup c’était presque frustrant…. Etre à 5000 kilomètres de chez soi et connaitre une vingtaine de personnes dans la salle… ca fait quand même bizarre. Vivement l’Alabama, au moins là bas, on devrait être à peu près sûr de pas croiser une tête connue ! En plus de ca. on a joué avec Herman Dune qui s’est ajouté sur l’affiche en dernière minute, no comment…

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quelques numeros pour booker un petit concert a NYC

A part ces considérations personnelles, ce concert était un benefit show pour Daniel McGowan, un eco-activiste arreté par le FBI pour eco-terrorisme. Il risque 20 de taule et les charges qui lui sont reproachées sont apparement plus que douteuses… Disons que le gouvernement fédéral a trouvé un prétexte pour se débarrasser d’un citoyen gênant. Toutes les infos sur son cas sont disponibles sur ces sites
http://www.supportdaniel.org
http://www.greenscare.org
On jouait dans Bushwick, Brooklyn, un quartier réputé chaud à majorité afro et portoricaine. C’était dans un loft à l’étage au dessus d’un club, quand on jouait on pouvait voir le métro aérien de NY passer au dessus de nous dans un vacarme assourdissant. Ca c’était vraiment la classe.

gato.jpgPour l’instant, même si on n’a pas encore fait énormément de kilomètres on a quand même pu traverser l’Ecosse, le Liban, Londres, Versailles, Lisbonne, Hanovre… On a même dormi à Norwich, une petite ville du Connectictut, dans laquelle, dans les années Reagan, les deux asiles que comptait la cité ont été fermés à cause des restrictions sociales en vigueur à cette epoque. Du coup, les fous se sont retrouvés à la rue, et certains dorment encore dans des cabanes, et d’autres, nus dans la forêt. On a pu passer devant les bâtiments désaffectés, on aurait presque pu voir des fantômes, au lieu de ca, on a vu des racoons.

Ensuite, New Paltz. On a joué très tôt, trop tôt pour moi, à 14 heures. On a joué au sortir du van, comme qui dirait comme tombés du camion, donc du lit. C’était pas fantastique, d’autant qu’on était en plein soleil et qu’on était à deux doigts de l’insolation. C’était le festival annuel de New Paltz (le Stay True Paltz Fest), c’était en plein air, il faisait super beau et tous les gens étaient heureux. Au bout d’un moment tous ces sourires béats ca m’agace un peu. Pas d’alcool, pas de violence, oh merde, c’est dingue cette génération bisounours. Cest fou comme les gens sont gentils ici. le moindre contact physique se termine par de longues excuses, tous le monde est souriant… Ca me change de la France.
Là un groupe de hip hop joue et c’est comme ca que devrait être le hip hop sur scène, deux MC, dont Eric, du Gadabout Film Fest qui tourne avec nous, un batteur et un clavier qui lance des samples. joue la basse et les melodies. Il manque qu’un DJ pour que ce soit ultime.
Le festival aura duré de midi à 22h, il s’est cloturé à la nuit tombée par la projection de films, seize groupes au total auront joué, je dois avouer que ca fait beaucoup pour mes petites oreilles. On en a profité pour jouer au foot; pardon, au soccer, sur le grand parc où se déroulait le festival et continuer notre programme de musculation accéleré dans le gigantesque jardin pour enfant où tout un parcours du combattant était aménagé… On a encore pas mal de boulot avant notre arrivée en Floride, où l’on s’est promis de revenir bronzés et musclés. Pour l’instant, dans chaque maison dans laquelle on a dormi se trouvent des machines à muscler. Là, au réveil, on vient de faire un concours d’haltérophilie (poids 40 kg), mais hélas, ce sont les américains les plus forts. Enfin, nous comblerons notre retard en nous gavant de muscle milk, de gélules et de vitamines, et nous aussi, nous seront beaux et musclés à notre retour au pays.

Premier freak show de la tournée, pas besoin d’aller à Coney Island pour l’admirer, Providence, Rhode Island suffira. Il se nomme Chip, c’est un gros barbu à t-shirt luciférien complétement allumé, fils d’un soldat de l’US Air Force qui a, d’après ses dires, passé son enfance en Allemagne, Il nous insulté toutes les deux phrases. Il oscille entre les vannes sympas, les malentendus douteux, les mots gentils, les insultes vexantes et les excuses sincères. Ca fait une demi heure qu’on essaye de se garer mais il n’y a pas de place de parking dans ce quartier pourri de Providence, toutes les rues sont désertes, on n’a pas le droit de se garer dehors la nuit. Avec la lumière orange de l’éclairage public, ca donne un côté inquiétant à cette fin de soirée. Chip dit qu’on se prendra une amende de 15 dollars, et puis c’est comme ca, il y a pas d’autres endroits pour se garer. Chris ne veut pas garer le van n’importe où, et ca peut se comprendre d’ailleurs quand on trimballe toute sa vie sur soi (cf. à ce sujet les règles de tournées de Sabot dans le livre “10 months”), Chip nous traite de “pussies”… Finalement, on gare le camion devant la maison et on rentre chez lui. Il habite en colloc avec un couple et un autre freaks qui nous avait fait fumé de la bonne weed après le concert. Et Chip se la radine, il se met à m’insulter parce que je suis allé entretemps au 24/24 en prétextant que c’étaient des sales connards là bas. Je lui rend ses insultes. Chip avait commencé les présentations en nous disant qu’il avait des flingues chez lui pour qu’on le shoote. Le voila qui nous les sort à présent. Un fusil d’assaut flambant neuf qu’il pointe stupidement devant lui, Super… le mec est rond comme un ballon… Ca jette comme qui dirait un froid. Puis il part gentiment se coucher, après quelques reflexions désobligeantes et quelques gestes attentionnés, en nous souhaitant bonne nuit. Gêné par sa conduite, il ne cessait de répéter “i love you guys. I don’t even love myself but i love you“. La pression redescend d’un cran.

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C’était ma première confrontation avec une arme à feu de ce type chez un particulier (welcome to America…) et ca fait bien réfléchir. Se dire qu’un crétin de ce type, et des dizaines de milliers comme lui, possède un arsenal qui peut servir le moment où son cerveau malade lui en donnera l’ordre, c’est flippant. Finalement, Mat a demandé au 24/24 s’il pouvait garer le van dans le parking du magasin et le gérant a dit “no problem, but the neighborhood is not really safe” donc il dort dedans.. Tout est bien qui fini bien, vivement demain qu’on revoit Chip à jeun. C’est qu’on en oublierait presque le concert avec ces conneries.

 

 

Un camion de Doritos a enfoncé notre pare-choc durant la nuit, la porte arrière du van est un peu coincée. Drôle de soirée à Providence. Chris nous a fait part de ses agacement quand au promoteur de la veille. 3 ou 4 groupes se sont incrustés dans la soirée, sentant la bonne aubaine pour jouer devant du monde. Je dis “groupe” mais la plupart du temps ce sont des one man band, un kid tout seul avec sa guitare folk qui ne demande absolument rien pour jouer.
Chris dit que l’internet et le folk tuent la scène. Tu n’as plus besoin d’avoir un van et un groupe pour tourner, ni même de connaitre les réseaux des promoteurs, puisque tu n’as plus qu’à checker le myspace des groupes en tournée pour savoir où sont les concerts et prendre la voiture à papa pour t’y incruster. Tu y vends tes cd-r à un dollar et ca te paye l’essence pour le trajet.

Drôle d’impression que cette soirée d’hier, je me suis rendu compte ce matin que le couple qui dormait dans la maison n’était autre que deux des members de Soophie Nun Squad. Si je l’avais su hier, cela m’aurait sans doute rassuré. Ils ont bien du courage d’avoir un tel coloc. Ce midi, ils nous ont offert notre premier vrai repas de la tournée, au soleil dans le jardin. Nous voila à présent en route pour la Pennsylvanie, en lieu et place de Boston où le concert n’avait jamais été vraiment confirmé.

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