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St Augustin, ou etes-vous?

Ce soir, c’est la decadance en Floride. Mon esprit est trop vaporeux pour ecrire quelquechose de consistant mais je vais essayer de decrire a chaud le chaos dans lequel nous sommes tombes. Nous avons joue dans un house show comme nous les aimons tant, mais en ce vendredi soir tres arrose, le punk rock a cotoye springbreak. Nous sommes en Floride me retorquerez vous… Or ce soir, nous avons navigue sous les ordres de Captain Chaos. J’espere lui arracher quelque confidence demain quand nos neurones seront redevenues politiquement correctes. Or ce soir il n’en n’est rien. Un tas humain fond sur moi, les tables s’effondrent, ce n’est plus un punk show anymore mais juste une putain de soiree decadente. Tout avait pourtant bien commence, un concert de ned apocalyptique, interrompu au bout de 20 minutes grace a un public trop fou fou qui m’a fait traverse le plafond de cette charmante demeure tropicale et casse ma basse sitot mon corps revenu sur scene. On appelle ca le slam de trop. Mais dieu que c’etait bon de tater un peu d’humain au corps a corps. 20 minutes de chaos tres dansante avec le meilleur son, la plus belle energie, le public le plus excite que nous ayons eu durant cette tournee. Un show avorte, mais si intense…

Puis Ghost Mice, pour la premiere fois, Captain Chaos (c’est le surnom de Chris,dont le bras gauche est marque du sigle a huit branches) etait completement raide, a cause d’un complot ourdi par nous, les frenchies, qui l’avons entraine a s’enivrer de glutes… La culture de l’alcool n’est pas la meme que la notre outre-atlantique. et quand on assiste a cette fin de soiree, on aurait presque des remords a assumer notre penchant pour le houblon. Mais, une fois n’est pas coutume, je vais laisser les autre s’exprimer quand a cette soiree.

« last night at the house in st. augustine there was no show, there was a
party. i call it a party because only some people showed up for the music and
the rest showed up to be louder than the music, bringing as much white noise
as they could fit in their lungs. it was like listening to a recording of all
the bands: one ear in the headphones and the other exposed to a busy city
street corner.

the positive side of this is there was good energy. i could hear kids
laughing at the gadabout films, dancing to ned, and singing along to ghost
mice. and that’s a good show. when kids put intention into going to shows,
the result can be magical and inspiring for performer and audience. last
night was a grey area. i’d like to see more intention into going to shows
from kids, specifically more than wanting to just party. »

matty D

 choses brisees:

l’input de la basse de tristan
mes oreillesla voix d’eric
la patience de chris

choses aquatiques:

la pluie
le crowd surfing
la piscine a 3h du mat
la biere renversee sur mes pedales
et autres choses chaotiques

nico

 « Party zone 08′!! We got to play our first american house party/show. It
was strange, but fun. I drank some BREWSKIES! Felt a little sick after.
the films went over well, it was still early, so people weren’t that crazy
yet. For every band though it was bananza time! Especially for all the
acoustic acts. Nice and loud voices to yell over. I actually had a lot of
fun playing. You just have to blast past to « I don’t care » point. It was
more of a party for sure. Food was good, the people that lived in the house
we very sweet, but the big dude with the dreds was obnoxious. CROTCH! I
wish we got to go to the beach though, I mean why else have I been working on my body so much? »

Eric

« Des notre arrivee a St Augustine, petite ville etudiante au bord de l’ocean,
un vendredi soir, j ai comme senti que ce house show ne serait pas tout a
fait comme les autres. Les gens semblaient dans un etat second avant meme que
la premiere note de musique soit jouee. Eric, apres ses films, par lequel
nous commencions, cassant les habitudes de peur du manque d’attention du
public, eu du mal a se faire entendre, seul avec sa guitare, les quelques
jeunes surfers et demi-bimbos presents parlant fortement. Puis ce fut au tour
des Ned, et le public, plus nombreux et bien allume, se pressa dans le salon.
Ned n’avait pas joue aussi fort depuis le debut de cette tournee.
Assourdissant. Un magma musical intensifie par la chaleur infernale qui
regnait dans la piece (que je tentais pour ma part de contrer a coups de
Michelobs glacees). Jamais le passage vaudou de « Voices » n’avait ete aussi
puissant et propice a la transe. Le public devint sauvage. Hurlant.
Gesticulant. Tristan, comme souvent, fit une incursion dans le public. Public
qui le prit a bout de bras, l’ arrachant du sol… Fin du morceau. C est
alors qu’il se rendit compte que la prise jack de sa basse avait ete comme
arrachee. Fin prematuree du set. Furie du public. Place a Ghost Mice, apres
un court set d’un groupe folk local. Le volume sonore des conversations d’un
public encore plus nombreux et alcoolises poserent de gros probleme a Hannah
et Chris, lui meme peu aide par un taux d alcoolemie inhabituel, du a une
« french conspiracy » (sic). Je tentais de lancer quelques « Shut up you all »
bien sonores, sans succes. Ils purent enfin jouer, devant un public chantant
et frappant des mains avec plus ou moins de justesse. A la fin de leur set la
chaleur et les bieres donnerent un parfum de « Spring Break » a la fete qui
suivit. Je me demandais qui lancerait le premier un concours de tshirts
mouilles, peut etre ce gars avec un tshirt « Better dead than red »? Je crois
qu il n en fut rien, me perdant moi meme dans de longues conversations sur le
porche de la maison. Friday night, allright.. »

Fabien

« Party! St. Augustine was a loud house party. We are very used to playing
shows like that. That particular show was a good example of a US drunk party.
Some people were paying attention to the bands. some people were just getting
really drunk. Shows like that can be really fun and that show was fun, just a
bit too loud for acoustic music. If we were playing loud rock and roll it
would have been easier for us to play. But overall i had a good time. it’s a
party you know! »

Hannah

Trop d’alcool
ambiance de folie
concert ecourte
soiree interminable
AWESOME!

Nikko

« he who drinks eats. after a long day of fixing the breaks and spending 300
$, i drink a red stripe to relax. then the french conspiracy offers me more
and more lager because they want me to get drunk. their plan worked. slime
ball, older hippy dudes hit on young drunk girls. the nice kids up front try
to hear the music over the roar of dumb, looping « conversations ». the music
happens. people have fun. people play kicker. nothing happens. »

Chris

 

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The good old boys

love.jpglove.jpgUne boule à facettes, un baby foot, des filles qui dansent, c’est la recette pour un bon concert de Ned. Décidemment les house shows nous réussissent bien, il faut dire que l’ambiance à Colombus est suffisamment festive et hospitalière pour que l’on se sente à l’aise. Ces concerts dans les maisons sont vraiment de bons prétextes pour rencontrer les gens. C’est assez dingue comme le public est respectueux de l’endroit. Vous imaginez, vous, prêter votre beau salon pour une fête dans laquelle 50 punks vont débarquer? Ici, tout le monde pose sa bière dans le frigo. personne ne la pille, si tu prends une assiette, tu la laves, il n’y a aucune canette qui traine par terre, pas de vol, pas de baston… On est loin de la France. Encore un show dans l’Indiana, à Bloomington, dans la ville des Ghost Mice, et ensuite on commence notre descente dans le Sud. Bloomington a la réputation d’être une oasis dans un désert conservateur. L’Indiana, qui porte mal son nom puisque aucune des tribu indienne y vivant n’a survecu a a colonisation, est aussi connu pour abriter les leaders du KKK. Tout ça, ce soir, nous ne le verrons fort heureusement pas. Nous allons juer au Rhino’s, notre premier vrai club à l’americaine. C’est un club all ages, ce qui signifie qu’une fois de plus on ne pourra pas boire avant et pendant le concert. Par contre, il y a un distributeur de Red Bull dans la salle. Et c’est incroyable, au lieu d’avoir des verres de bière à la main, ils ont tous un cornet de glace. En dehors de ces considérations, première surprise, une belle affiche sérigraphiée annonce le concert en ville. Ensuite, notre nom est écrit en lettres amovibles à l’entrée du club, comme dans les films! Et la salle est assez grande, suréquipée, et même dotée de l’air conditionné. En temps ordinaire je n’aime pas la clim’ mais avec l’air moite de ces régions du midwest, c’est un luxe très appréciable. Il ne nous reste plus qu’à rocker comme il se doit pour honorer notre présence en ces lieux.

Le concert est terminé, c’était pas trop mal, je préfère les ambiances plus intimes mais nico avec son short de tennisman a assuré le show à lui tout seul avec ses pas de danse à la yannick noah. Nikko a fait quelques pompes sur scène en expliquant qu’on se préparait pour la Floride. Comme on en parlait avec Nico tout à l’heure, on n’est pas exactement dans la scène qui correspond le plus à notre musique, ce qui fait que soit les gens accrochent ou sont surpris, soit se cassent. Mais c’est toujours amusant de confronter notre son « weirdo » a des kids aimant la folk. On a d’ailleurs battu notre record de vente de disques à Bloomington.

love.jpgQuand à Ghost Mice, c’était rigolo de les voir jouer dans leur ville d’origine. Les parents d’Hannah étaient présents, et les deux petites souris semblaient un peu stressées par rapport à d’autres concerts. Un corde cassée, un refrain oublié, c’est pas coutumier mais c’est bien fun. Il faut que je publie les paroles d’une de leur chanson, qui explique très bien ce qu’on vit ici et pourquoi on le fait. Enfin, disons que pour moi ces paroles me touchent tout particulièrement.

Boy meets girl

She ask me if i like to sing i said of course i like to sing
anyone who doesn’t like to sing must be dead if you ask me
she ask if i like being on the road, i said i love being on the road
yes i miss my friends at home but i love being on the road

so many songs i have to sing, so many places not to see

she ask me if i had a job i said no way i’ve no job
why would anyone want a job, life’s too short to have a job
she ask me if i had a dream i said of course i’ve got my dreams
then anyone without a dream must be dead if you ask me

so many songs left to sing, so many dreams left to dream

today is too nice to spend it any other way then riding on our bikes
today is too great, the weather outside is perfect
i insist that we stay up real late
today is too wonderful to worry about anything on our list of things to do
today is perfect

she ask me if i’ve been in love i said of course i’ve been in love
she ask me who i was speaking of, i said her nae will not be sung
she ask me if i want to die, i said of course i do sometimes
anyone who doesn’t want to die must not really be alive

En route vers le Sud, l’Amérique profonde nous tend les bras et la première impression vue du camion c’est que c’est plutôt hostile. Premier arrêt au milieu de nulle part, de la brousse aurais-je plutot envie de dire, pour se ravitailler en essence, et premiers rednecks… Vas y que ca nous vanne à haute voix et que ça nous traite de drogués. Chris nous invite à faire semblant de fumer un gros spliff composé d’une simple feuille de papier devant eux, puis on se casse en klaxonnant. Les kilomètres qui suivront seront riches en images : éoliennes, pickups abandonnés, fermes en ruine, champs de mais, roulottes d’amish, vive le midwest.

Après les parents d’Hannah nous auront droit à la présentation des parents de Chris, chez qui nous dormiront d’ailleurs ce soir après le concert de Louisville, Kentucky, dans leur maison perdue dans l’Indiana. Après avoir joué au horseshoe game et mangé du mais préparé par sa mère, nous sommes allés à l’Atomic Saucer, le café (café, c’est différent de bar, je précise…) où nous jouons. Un groupe de country rock joue en vitrine, oulala, c’est l’Amérique. Le café fait aussi gallerie d’art underground, et à part un vieux biker hippy, la moyenne d’age frise à peine les vingt ans.

Notre concert s’est bien passé, pas trop violent, bien joué et les kids ont bien aimés, meme si c’était très timide. Les Ghost Mice ont ensuite fait leur set le plus long de la tournée avec de vieilles chansons à eux, c’était bien sympa. Et puis, petit bonus du Kentucky, une bouteille de bourbon local est cachée dans un sac en papier dans le camion. On peut désormais multiplier les aller-retours suspects entre la salle et le van pour boire en douce de l’alcool !

On se calme et on boit frais à Columbus

Mardi, on a joué dans le premier club de la tournée. Le concert avait été booké à la dernière minute, ce qui fait que pour la première fois depuis le debut du tour, on a joué devant quasi personne. Une dizaine d’entrée au maximum. C’etait étrange ce lieu. C’était un café, qui ne servait donc pas d’alcool, avec une vraie scène et une vraie sono dans une arriere salle peinte en noire. La soirée s’est terminée à 23 heures, sans que l’on n’ait pu boire une seule goutte. On s’est acheté des bieres à la pizzeria d’en face, mais on ne pouvait les boire ni dehors, ni dans le van, ni même dans le club… Il a fallu attendre que l’on soit chez Mark, notre hote d’un soir, pour ouvrir les bouteilles. Mercredi, à Pittsburgh, je crains que ce ne soit la même affaire, l’endroit où l’on doit jouer doit fermer à 22h… La maison dans laquelle on a dormi etait remplie de jouets, chaque piece debordait de gadgets en plastique, de peluches, c’etait toyland, je n’avais jamais vu une telle abondance. La mère de Mark (c’etait sa maison) avait conserve tous les jouets de ses fils, devenus adultes ainsi que ceux de ses petits enfants. Il y avait aussi une piscine, dans laquelle nous avons tous plonges ce matin au reveil. L’eau était à 25 degres. 

Nous avons essayé de retrouver plein de chansons francaises qui font l’apologie de l’Amerique afin de les faire decouvrir a nos amis americains. Aujourd’hui, alors que nous sommes encore en Pennsylvanie, un etat proche de l’Ohio, c’est le bon moment pour la publier:

Nougayork (Claude Nougaro)
Sur la route de Memphis (Eddy Mitchell)
San Francisco (Maxime LeForestier)
L’Amerique (Joe Dassin)
L’ete indien (Joe Dassin)
Si les ricains n’etaient pas la (Michel Sardou)Etat proche de l’Ohio (Isabelle Adjani)
Les etats d’ames d’Eric (Luna Parker)
I love America (Patrick Juvet)
Pour faire un show comme aux USA (Ottawan)
Un jour j’irais a New York avec toi (Telephone)
J’ai vu New York (Serge Gainsbourg)
Rio Grande (Eddy Mitchell)
For me Formidable (Charles Aznavour)

Si vous en connaissez d’autres, n’hesitez pas a nous laisser un comment, tout en sachant que pour des raisons qui n’engagent que nous, Johnny Hallyday et Jean Jacques Goldman sont censures.

Il fait une chaleur à crever. Depuis plus d’une semaine qu’on est ici, il n’y pas eu un nuage dans le ciel. La température monte, le bord des routes est de plus en plus garni d’éclats de pneus, j’espère que notre van va tenir bon. On est en route pour l’Ohio. Hier à Pittsburgh on a enfin passé une vraie soirée de tournée. Concert tôt dans la soirée dans un joli espace autogéré, puis petite razzia dans un bar qui passait des standards du punk rock et enfin virée nocturne sur les bords de l’Allegheny river, jusqu’à la jonction des deux rivières qui forment l’Ohio. Hier je n’avais jamais vu une lune pareille. Le croissant était rouge sang, elle montait dans les cieux entres les ponts métalliques et les grattes ciel, c’était fantastique.

Nikko m’a fait part de ses réflexions quand à ce present tour report. N’ayant aucun recul sur ce que j’écris, je ne me rend helas pas bien compte de son contenu. Il m’a dit : « faut arrêter de se plaindre un petit peu, on joue à l’autre bout du monde, on a une sacrèe chance ». Oui, c’est vrai, on a de la chance. On a de la chance qu’un  groupe comme Ghost Mice nous ait invité partager la route et la scène trois semaines avec eux, on a de la chance de tomber dans ces endroits improbables où se font les concerts ici, on a de la chance de voir la face cachée de l’Amerique. Mais n’empêche, ce n’est pas ce à quoi je suis habitué et une foule de détails me gêne, ou plutôt, me surprend. Je suis venu ici avec cette intention de jouer au scribe en voyage au coeur de l’Empire et personne ne peut me crever ces yeux qui contemplent étrangement cette Babylone des temps modernes.

Hier encore, j’hallucinais sur la vitesse à laquelle les choses s’embrayent ici. Il n’y a jamais de balances. Le premier groupe installé joue. Sitôt le concert terminé, tu dois dégager de la scène, voire tout ranger dans le camion. Les concerts commencent généralement très tôt, on ne peut, dans la moitié des cas, pas boire une goutte d’alcool avant le concert, c’est pas qu’on soit des alcoolos, mais une petite mousse avant la scène, ca chauffe un peu les neurones et ca décontracte un peu les doigts. Hier, on jouait dans un chouette lieu, le Roboto Project, tenu par des kids pour des kids dans un esprit très DIY, pour preuve ce fond de scène qui proclamait en grosses lettres : « Now, let’s start your own band! » Mais comme me le faisait remarquer Fabien, le staight edge n’a pas été invente en France, et l’usage d’alcool était prohibé à l’interieur. Et il n’y avait même pas un robinet en état de marche dans la salle, et il faisait une chaleur étouffante… On n’est pas encore des americains, à se trimballer avec chacun notre petite fiole d’eau à la ceinture pour pouvoir se désalterer où l’on veut.

Autre pont de lamentation, j’en ai marre de jouer entre 25 et 30 minutes par soir. Hier encore, on a du finir notre set alors qu’on était pleinement rentrés dans notre concert. 6 morceaux et c’est marre. J’aurais voulu jouer le double. Du coup, il va falloir s’habituer à être efficace dès le premier accord et passer dix minutes à dire au micro que nous sommes francais et que nous avons toute une table de merchandising! Pour ca, heureusement, les Ghost Mice s’en chargent à notre place. Entre Chris et Hannah, Eric du Gadabout Film Fest et Mat, le veggie trucker qui devait conduire le camion à huile (il nous a appris entretemps qu’il avait peint expres le van en vert fluo pour nous…) on est vraiment bien encadrés. Ils se comportent vraiment en hôtes et souhaitent nous mettre à chaque fois dans les meilleures conditions, c’est très touchant. A tel point même que je me demande comment on ferait ici sans eux. Je m’imagine pas encore booker une tournée par nous même dans ce pays, c’est tellement différent. Sans nos guides, je pense que nous serions totalement perdus. Ici tu es totalement livré à toi même. Lors de la plupart des shows, les promoteurs ne se présentent pas à nous, on n’a pas à dealer les problèmes d’argent, de nourriture et de logement. Enfin, pour la nourriture, si, un petit peu, car c’est tellement rare qu’on nous prépare à bouffer. Mais nos amis americains nous emmènent dans les meilleurs endroits, ce qui fait que curieusement, je n’ai pas l’impression qu’on mange si mal aux USA!!! Hier encore, ils nous ont emmené manger dans un supermarché végétarien, perdu en pleine milieu d’usines désaffectées, on pouvait y composer nous mêmes nos salades, c’était bien cool. Bon, on n’avait qu’un quart d’heure pour manger, et ici, la notion de repas n’est pas aussi sacrée qu’en France ou en Italie… Je pense à ce sujet avoir trouvé un titre pour une de nos future chanson : « fast food, fast music »

Enfin, un autre truc qui m’hallucine ici, c’est la peur du contact physique. Les raisons peuvent être nombreuses, violence aux concert dans les 80’s, crise de pacifisme aigue suite aux deux guerres du golfe… mais dès que quelqu’un vous bouscule un temps soit peu par inadvertance, la personne se confond en mille excuses. Du coup, c’est peut être pour ca que le coup que Nikko fait lorsque les gens n’osent pas s’approcher de nous n’a pas fonctionné hier. En temps ordinaire, il se  lève de sa batterie, passe derrière le public et le pousse gentiment pour qu’il se rapproche de nous. Hier, il est tombé face a des piliers. Impossible de les faire avancer. Ghost Mice, eux, avec des mots doux, les ont priés de s’approcher pour leur concert, et gentiment, le public a obei. C’etait un peu flippant.

Ce soir à Colombus, on va renouer avec les house shows, je crois que c’est ce que je préfère, c’est plus facile de rencontrer des gens et de discuter. Il n’y a pas d’heure de fermeture, c’est la fête et tu joues dans une maison. On a déjà rencontré les promoteurs, ce sont des amis aux Ghost Mice qui jouent dans un groupe qui repond au nom de Delay, le bassiste m’a d’ailleurs prêté son ampli pour la tournée. On vient de voir la cave où l’on va jouer, il y a une boule à facettes, c’est toujours bon signe…

Back to New York, end to Providence

Vendredi, a New York, on a presque joué a la maison, on connaissait toutes les têtes du premier rang pour notre concert, du coup c’était presque frustrant…. Etre à 5000 kilomètres de chez soi et connaitre une vingtaine de personnes dans la salle… ca fait quand même bizarre. Vivement l’Alabama, au moins là bas, on devrait être à peu près sûr de pas croiser une tête connue ! En plus de ca. on a joué avec Herman Dune qui s’est ajouté sur l’affiche en dernière minute, no comment…

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quelques numeros pour booker un petit concert a NYC

A part ces considérations personnelles, ce concert était un benefit show pour Daniel McGowan, un eco-activiste arreté par le FBI pour eco-terrorisme. Il risque 20 de taule et les charges qui lui sont reproachées sont apparement plus que douteuses… Disons que le gouvernement fédéral a trouvé un prétexte pour se débarrasser d’un citoyen gênant. Toutes les infos sur son cas sont disponibles sur ces sites
http://www.supportdaniel.org
http://www.greenscare.org
On jouait dans Bushwick, Brooklyn, un quartier réputé chaud à majorité afro et portoricaine. C’était dans un loft à l’étage au dessus d’un club, quand on jouait on pouvait voir le métro aérien de NY passer au dessus de nous dans un vacarme assourdissant. Ca c’était vraiment la classe.

gato.jpgPour l’instant, même si on n’a pas encore fait énormément de kilomètres on a quand même pu traverser l’Ecosse, le Liban, Londres, Versailles, Lisbonne, Hanovre… On a même dormi à Norwich, une petite ville du Connectictut, dans laquelle, dans les années Reagan, les deux asiles que comptait la cité ont été fermés à cause des restrictions sociales en vigueur à cette epoque. Du coup, les fous se sont retrouvés à la rue, et certains dorment encore dans des cabanes, et d’autres, nus dans la forêt. On a pu passer devant les bâtiments désaffectés, on aurait presque pu voir des fantômes, au lieu de ca, on a vu des racoons.

Ensuite, New Paltz. On a joué très tôt, trop tôt pour moi, à 14 heures. On a joué au sortir du van, comme qui dirait comme tombés du camion, donc du lit. C’était pas fantastique, d’autant qu’on était en plein soleil et qu’on était à deux doigts de l’insolation. C’était le festival annuel de New Paltz (le Stay True Paltz Fest), c’était en plein air, il faisait super beau et tous les gens étaient heureux. Au bout d’un moment tous ces sourires béats ca m’agace un peu. Pas d’alcool, pas de violence, oh merde, c’est dingue cette génération bisounours. Cest fou comme les gens sont gentils ici. le moindre contact physique se termine par de longues excuses, tous le monde est souriant… Ca me change de la France.
Là un groupe de hip hop joue et c’est comme ca que devrait être le hip hop sur scène, deux MC, dont Eric, du Gadabout Film Fest qui tourne avec nous, un batteur et un clavier qui lance des samples. joue la basse et les melodies. Il manque qu’un DJ pour que ce soit ultime.
Le festival aura duré de midi à 22h, il s’est cloturé à la nuit tombée par la projection de films, seize groupes au total auront joué, je dois avouer que ca fait beaucoup pour mes petites oreilles. On en a profité pour jouer au foot; pardon, au soccer, sur le grand parc où se déroulait le festival et continuer notre programme de musculation accéleré dans le gigantesque jardin pour enfant où tout un parcours du combattant était aménagé… On a encore pas mal de boulot avant notre arrivée en Floride, où l’on s’est promis de revenir bronzés et musclés. Pour l’instant, dans chaque maison dans laquelle on a dormi se trouvent des machines à muscler. Là, au réveil, on vient de faire un concours d’haltérophilie (poids 40 kg), mais hélas, ce sont les américains les plus forts. Enfin, nous comblerons notre retard en nous gavant de muscle milk, de gélules et de vitamines, et nous aussi, nous seront beaux et musclés à notre retour au pays.

Premier freak show de la tournée, pas besoin d’aller à Coney Island pour l’admirer, Providence, Rhode Island suffira. Il se nomme Chip, c’est un gros barbu à t-shirt luciférien complétement allumé, fils d’un soldat de l’US Air Force qui a, d’après ses dires, passé son enfance en Allemagne, Il nous insulté toutes les deux phrases. Il oscille entre les vannes sympas, les malentendus douteux, les mots gentils, les insultes vexantes et les excuses sincères. Ca fait une demi heure qu’on essaye de se garer mais il n’y a pas de place de parking dans ce quartier pourri de Providence, toutes les rues sont désertes, on n’a pas le droit de se garer dehors la nuit. Avec la lumière orange de l’éclairage public, ca donne un côté inquiétant à cette fin de soirée. Chip dit qu’on se prendra une amende de 15 dollars, et puis c’est comme ca, il y a pas d’autres endroits pour se garer. Chris ne veut pas garer le van n’importe où, et ca peut se comprendre d’ailleurs quand on trimballe toute sa vie sur soi (cf. à ce sujet les règles de tournées de Sabot dans le livre « 10 months »), Chip nous traite de “pussies”… Finalement, on gare le camion devant la maison et on rentre chez lui. Il habite en colloc avec un couple et un autre freaks qui nous avait fait fumé de la bonne weed après le concert. Et Chip se la radine, il se met à m’insulter parce que je suis allé entretemps au 24/24 en prétextant que c’étaient des sales connards là bas. Je lui rend ses insultes. Chip avait commencé les présentations en nous disant qu’il avait des flingues chez lui pour qu’on le shoote. Le voila qui nous les sort à présent. Un fusil d’assaut flambant neuf qu’il pointe stupidement devant lui, Super… le mec est rond comme un ballon… Ca jette comme qui dirait un froid. Puis il part gentiment se coucher, après quelques reflexions désobligeantes et quelques gestes attentionnés, en nous souhaitant bonne nuit. Gêné par sa conduite, il ne cessait de répéter « i love you guys. I don’t even love myself but i love you« . La pression redescend d’un cran.

frog.jpg

C’était ma première confrontation avec une arme à feu de ce type chez un particulier (welcome to America…) et ca fait bien réfléchir. Se dire qu’un crétin de ce type, et des dizaines de milliers comme lui, possède un arsenal qui peut servir le moment où son cerveau malade lui en donnera l’ordre, c’est flippant. Finalement, Mat a demandé au 24/24 s’il pouvait garer le van dans le parking du magasin et le gérant a dit « no problem, but the neighborhood is not really safe » donc il dort dedans.. Tout est bien qui fini bien, vivement demain qu’on revoit Chip à jeun. C’est qu’on en oublierait presque le concert avec ces conneries.

 

 

Un camion de Doritos a enfoncé notre pare-choc durant la nuit, la porte arrière du van est un peu coincée. Drôle de soirée à Providence. Chris nous a fait part de ses agacement quand au promoteur de la veille. 3 ou 4 groupes se sont incrustés dans la soirée, sentant la bonne aubaine pour jouer devant du monde. Je dis « groupe » mais la plupart du temps ce sont des one man band, un kid tout seul avec sa guitare folk qui ne demande absolument rien pour jouer.
Chris dit que l’internet et le folk tuent la scène. Tu n’as plus besoin d’avoir un van et un groupe pour tourner, ni même de connaitre les réseaux des promoteurs, puisque tu n’as plus qu’à checker le myspace des groupes en tournée pour savoir où sont les concerts et prendre la voiture à papa pour t’y incruster. Tu y vends tes cd-r à un dollar et ca te paye l’essence pour le trajet.

Drôle d’impression que cette soirée d’hier, je me suis rendu compte ce matin que le couple qui dormait dans la maison n’était autre que deux des members de Soophie Nun Squad. Si je l’avais su hier, cela m’aurait sans doute rassuré. Ils ont bien du courage d’avoir un tel coloc. Ce midi, ils nous ont offert notre premier vrai repas de la tournée, au soleil dans le jardin. Nous voila à présent en route pour la Pennsylvanie, en lieu et place de Boston où le concert n’avait jamais été vraiment confirmé.

From Bronx to Willimantic, Connecticut

Voila deux jours que nous sommes arrrivés à New York, et on serait presque habitué á la vie ici… Tout est à la fois si différent et si familier, et c’est avec un sentiment étrange que l’on déambule dans cette mégalopole que l’on peut raisonnablement considerer comme la capitale du monde.

Il y a des lois ici qui sont stupides. Interdiction de boire des liquides dans un récipient ouvert… Tous les gobelets sont donc bouchés. Impossible de boire de l’alcool dehors, ni même dissimulé comme il y a quelques années dans un sac. Hier soir avec les Psychic Paramount. j’ai bu des bières en douce dans leur van en faisant du sightseeing by night dans Manhattan après que Drew m’ait briefé sur les choses à ne pas faire ici. A la question, peut-on boire dans le van, en pretextant qu’en France, puisque le véhicule est considéré comme une extension du domicile, et qu’il est, à ce titre, en pratique inviolable et que, ici, boire une bière chez soi ne constitue pas un acte illégal, la réponse est simple : Ici, ce sont les Etats Unis d’Amérique, le pays de la liberté et non pas la France (l’autre pays de la liberté, ou plutôt des droits de l’homme, hein). Ici donc, boire au volant est considéré comme une tentative d’homicide, et un passager le faisant est tout simplement hors la loi. Dans tous les cas, en situation de flagrant délit, c’est les mains sur le capot et les menottes direct, et dans le cas d’un ressortissant étranger, c’est l’expulsion directe (deportation en anglais dans le texte) et l’interdiciton de territoire pendant de longues annees.

Voila pour l’alcool. Pour la marie jeanne, c’est la même chose sauf qu’il ne faut jamias en laisser trainer dans un véhicule sans quoi c’est tout le monde qui ramasse. Donc règle très importante, le fumeur doit planquer le produit sur lui, ce qui ainsi n’engage que sa propre responsabilité. Et en tant que ressortissant étranger, mieux vaut que ce soit un américain qui porte la came.

Passées ce baba de la survie aux USA, on s’arrête acheter des bières dans une épicerie de nuit et on se les ouvre… dans le van. La théorie passe subitement en pratique. « Tu vois tout ca, il ne faut pas le faire, mais on va le faire quand même ».

 

Règle numero 1 : ne jamais boire â l’arrêt..
Règle numero 2 : ne jamais boire avant une intersection mais toujours après l’avoir franchie et s’être assuré qu’aucune voiture de police ne vous croise à ce moment.
Règle numero 3 : boire tranquillement. l’air de rien, sans inspecter avec suspicion son environnement.

On passera ensuite sur le pont du Queens en évitant les contrôles aléatoires de la police qui arrêtent au hasard des véhicules sur ce trajet en quête de terroristes et en criant « Police » à chaque fois qu’une patrouille se trouve à portée de vue. Vous l’aurez compris, c’est une expérience très décontractante. Que c’est agréable de boire des coups de cette facon ! On boit ainsi les bières plus vite car une fois décapsulée, elle est en quelque sorte comme dégoupillée et donc dangereuse.

 

31 aout, Bronx, NYC

on a enfin eu des nouvelles des Ghost Mice, du coup rencart dans le Bronx à la 180eme rue. De toute facon. il y a des flics à chaque coin de rue donc on risque pas de se faire braquer. J’ai demandé un soir à Drew comment Giuliani avait fait pour nettoyer la ville. Plus de flics à chaque coin de rue bien sûr mais aussi il a procédé à un nettoyage en règle qui m’évoque cette chanson pas très punk rock mais ô combien funky de MFSB, « let’s clean up the ghetto ». La municipalité a donc expulsé toutes les putes, les sex shops et les cinema porno du centre ville. Times Square est devenu un lieu de pelerinage de la société consumeriste, Soho, un village pour artistes embourgeoisés, Brooklyn un repére á bobos… Bref, c’est Disneyworld…

 

Avec Ned, niveau logistique on est vraiment toujours à la rue, mais à chaque fois on n’a aucun problème, et tout se termine toujours en happy ending. On s’est soucié seulement hier soir de comment on allait rejoindre les autres pour la tournée, un petit coup de fil, et hop, rencart. Ca ne nous fait même plus de soucis. Entre les tournees sans carte, sans adresse et le nombre incalculable de gens sur qui on peut compter, la balance est simple. Don’t worry, tout se finit toujours bien. Comme dirait Van Halen, « hey, life isn’t so serious, honey« , hein, pourquoi se compliquer la vie??

We’re full of surprises nous indiquele panneau de bienvenue de l’état du Connecticut. Aujourd’hui nous nous lancons sur les routes avec les Ghost Mice. Première « deception », ils n’ont pas le veggie van tant attendu. Nous ne roulerons donc pas à l’huile de friture comme nous l’espérions, mais a l’essence… dans le vieux van de Chris. Il a ce van depuis dix ans, c’est un modèle Starcraft très confortable et spacieux, tapissé de moquette, réhaussé avec des couchettes, au design hybride entre le van de Hard Rock Zombie et celui de l’Agence Tout Risque. Mais les Ghost Mice en avaient fait le deuil par trois fois. Trois fois déjà, ils l’ont renvoyé au garage familial en se disant: plus jamais. Et par trois fois le vieux van est ressorti de l’ombre. Le fidèle compagnon de route, mis à l’écart par ses maitres mais jamais rancunier, reprend du service pour un périple de vingt jours le long de la côte Est avec nous à son bord.

 

Aujourd’hui, c’est un gros week end ferié (Labor Day) et les routes sont très encombrées. Une centaine de miles sépare notre destination de New York, et cela fait déjà plus de deux heures que nous roulons. La route ne désemplit pas, on croirait faire partie integrante d’une file de fourmis.

Ca y est on a fait notre premier show aux USA. La premiere impression, c’est que le public est jeune, très jeune. Les kids, ce n’est pas une légende. Je comprend encore mieux Ghost Mice qui exige la plupart du temps de jouer dans des lieux all-ages, snas quoi, une bonne partie du public ne serait pas là.

C’était assez impressionnant de les voir jouer dans leur pays d’origine, sur la soixantaine de personne présente, une bonne moitié chantait les paroles en choeur. Pour un peu on se serait cru e face de la rue, ou une eglise scientiste tenait ses locaux! Mais les textes de Ghost Mice, même s’il sont souvent des hymnes à l’amitié et au bonheur, n’ont pas grand chose de chrétien.

On jouait donc hier dans une sorte de gros infoshop libertaire au milieu d’une petite ville de 25000 habitants. Pour nous ce fut catastrophique. Arrivés à 20 heures au lieu de 17 , en inaugurant un materiel sur lequel on n’avait jamais joué et assez cheap, on a commencé dès notre arrivée par remplacer un speaker de l’ampli guitare. Ensuite dès la troisième chanson Nikko a perforé la peau de grosse caisse. Il a retourné sauvagement le fût sur le sol et extrait à deux mains la pedale de grosse caisse coincée à l’interieur. Il a ensuite dû la channger en quatrième vitesse, puis n’a cessé de galérer avec les pieds de sa batterie qui n’arrêtaient pas de bouger dans tous les sens. Personellement, j’ai une nouvelle basse, avec un ampli un peu rikiki, ce qui fait que je m’entendais pas. Donc, c’était bien chaotique mais malgré tout ces tracas, on a pu halluciner sur les ventes à la fin du concert. Ca se précipitait tellement vite au merch, qu’on n’avait pas le temps de noter ce qu’on vendait. Il va falloir s’acheter une caisse enregistreuse si l’on veut s’en sortir et on pense dès à présent qu’on va être un peu court au niveau des stocks!

En ajoutant les soucis de camion que Chris et Hannah ont eut avant de nous rejoindre (van à huile en panne, pédale d’accéleration coincée…), Chris a qualifié cette tournée en public de Breaking everything tour. J’espère qu’il en sera autrement!

Paris – 2005 (squat des dispensés)


Photo: Jérôme Schlomoff